vendredi 10 décembre 2010

Tangraïsme comme une grande religion

Une religion qui est né il y a au moins 2300 ans, qui a été répandue sur une grande partie de l’Eurasie pendant plus de 1500 ans, peut être légitimement classée parmi les grandes religions : « Qu’on n’oublie pas que ces hommes dont le berceau et l’aire habituelle de mouvance se situent dans les forêts et dans des steppes en marge des terres de haute civilisation ont été appelés maintes fois à jouer un rôle politique et culturel essentiel dans l’histoire de l’Eurasie, la détruisant et la reconstruisant, lui fournissant des rois, lui insufflant de nouvelles forces vives puisés dans leur sauvage retraite. On doit d’attendre à ce que leur religion se place au même niveau que leur action. » (Roux, Religion … , p. 284).



Fondement idéologique des empires

La religion tangraïste a servi longtemps à la consolidation des peuples des steppes. Il suffit de citer encore une fois Jean-Paul Roux : « C’était l’idée forte des Turcs et des Mongols, celle qui sera répétée pendant quelque deux mille ans des Hiong-nou aux Ottomans. Avec quelques variantes dans la forme, dix fois, cent fois on relira cette phrase : « Comme il n’y a qu’un seul Dieu dans le ciel, il ne doit y avoir qu’un seul souverain sur la terre »» (Roux, Histoire de l’Empire mongol, p. 242).


© D. Nicolle, A. McBride


Troubetskoï décrit le rôle de la religion tangraïste en Empire mongol dans les termes suivantes :

« Etant un homme profondément religieux, Gengis Khan pensait que la religiosité était une composante nécessaire de cette orientation psychique qu’il appréciait dans ses subordonnés. Afin d’accomplir sa tâche intrépidement et inconditionnellement, un homme doit intuitivement, non de façon abstraite, mais par tout son âme croire que sa destinée et les destinées des autres et du monde entier sont entre les mains d’un être suprême, infiniment supérieur et à qui on doit accorder une confiance absolue ; ce ne peut être que le Dieu mais pas un homme. Un guerrier discipliné, qui sait bien exécuter les ordre de son chef ainsi que diriger ses propres subordonnés, sans jamais perdre estime à soi-même et, par conséquent, capable d’estimer les autres et susciter leur respect, ne peut être, en fait, subordonné qu’à une instance immatérielle, non terrestre, à la différence d’une nature servile, qui a une peur terrienne, qui a les désirs terriens, qui a les ambitions terriennes. » 

Analysons maintenant une affirmation intéressante de Troubetskoï :

« Le pouvoir de Gengis Khan comme d’un élu et d’instrument du dieu de Ciel n’a été fondé que du point de vu du chamanisme, c’est-à-dire d’une religion le plus flou dogmatiquement qui ne prétendait pas à une large diffusion, sans force offensive et incapable de concurrencer les autres religions dominantes en Asie et en Europe. »

On peut être d’accord que la religion tangraïste n’est pas très dogmatisée et reste assez flou. Mais l’existence des prêtres, appelés les « chamans blancs » montre qu’il est exagéré de parler d’une religion trop amorphe. C’est vrai que les khans ne soutenaient pas le renforcement du pouvoir des chamans blancs et de leur organisation hiérarchique. Ainsi, les tentatives de Teb-Tenggeri, grand chaman de l’Empire mongol, de contrôler les actions de Gengis Khan a entraîné rapidement son exécution.
L’expression « ne prétendait pas à une large diffusion » par rapport de la religion tangraïste signifie l’absence de l’agressivité, du désir d’imposer leur religion aux autres peuples car elle s’est répandue, plusieurs siècle avant Gengis Khan, sur les immenses territoires du Pacifique au Danube. Elle ne tentait pas de concurrencer les autres religions car, du point de vue des cavaliers des steppes, tous les grandes religion étaient compatibles avec leur religion.


Compatibilité avec les autres grandes religions

L’art militaire des cavaliers des steppes a atteint très tôt un niveau très élevé et ensuite s’est développé lentement à cause de cette performance. Nous observons le même phénomène par rapport à la religion tangraïste.
En effet, la religion tangraïste dans son interprétation monothéiste a servi plus de 1500 ans à l’idée de l’unité des peuples turco-mongols même à l’idée de la création de l’Empire universel.
La complication de ses dogmes et leur fixation étaient impossible à cause de la trop large diffusion de cette religion. A la différence, par exemple, de la religion chrétienne, où les dirigeants des différentes Eglises imposent leurs interprétations des dogmes et luttent contre le non-conformisme, la religion tangraïste n’a été basé que sur les principes générales reconnues pratiquement par tous les peuples turco-mongols. La fixation rigide des dogmes aurait pu empêcher les tentatives permanentes de réunir ces peuples autour des chefs ou les peuples ayant reçu les signes de bienveillance de Tangra, convainquant pour les habitants des steppes.
Evidemment, pendant les périodes du morcellement, les différents peuples et tribus commençaient à interpréter à leur manière la religion tangraïste. Certaines tribus passaient, sous l’influence de leur voisins païens, à l’interprétation polythéiste. Mais quand un nouvel empire naissait, l’idéologie dominante essayait de renforcer l’interprétation monothéiste de la religion tangraïste.
On peut penser qu’on le faisait consciencieusement et pas seulement dans le but du renforcement du pouvoir des khans puissants mais aussi pour une meilleur compatibilité de la religion d’Etat avec les religions des peuples soumis.
Les Turco-Mongols pensaient qu’ils croyaient au même Dieu que les chrétiens, les musulmans, les juifs et que tous les religions sont les différentes voies qui mènent au même Dieu, unique et tout puissant.
Ils s’étonnaient des discussions et conflits religieuses violents et des peuples sédentaires. Nous lisons dans une lettre, reçu en 1248 par le roi de France d’un représentant du Grand Khan en Iran :

« Le roi du monde ordonne qu’il ne doit avoir, de par la volonté de Dieu, nulle différence entre Latin, Grec, Arménien, nestorien, jacobite et tous qui honorent la Croix : ils ne font en effet qu’un à nos yeux. » (Roux, Histoire de l’Empire mongol, p. 316).

Les khans acceptaient volontiers les paroles et les argumentations des représentants de toutes les religions :

« Hethum raconte que Mongka recut le baptême en sa présence. Djuzdjani affirme qu’à la demande de Berke il récita la shahadda (profession de foi musulmane) qui, dite devant témoin, vaut acte d’adhésion à l’islamisme. C’était dans les habitudes des princes mongols que de faire croire à chacun de leurs interlocuteurs qu’ils avaient embrassé leur religion » (Roux, Histoire de l’Empire mongol, p. 349).

Quand la confrontation entre les représentants des différentes religions devenait trop forte, le pouvoir organisait les discussions et les colloques afin d’entendre toutes les opinions et prendre les décisions nécessaires pour calmer les esprits. Ainsi, en 1258, le Grand Khan Mongka a chargé son frère Khubilaï d’organiser une grande colloque avec la participation de 300 religieux bouddhistes et 200 taoïstes.
La conversion des autres religions, fortement canonisée, à la religion tangraïste était bien sûr difficile. Mais la plupart des adeptes de ces religions trouvaient facilement les arguments pour justifier la coexistence pacifique de leur religion avec la religion tangraïste. Ainsi, un certain Baha al-Din a expliqué  à Khubilaï pourquoi les musulmans ne tuaient pas les Mongols :

« Il est vrai que Dieu nous commande de tuer les infidèles, mais on désigne par ce nom ceux qui ne connaissent pas un être supérieur, et, comme vous mettez le nom de Dieu en tête de vos ordonnances, vous ne pouvez pas être rangés parmi eux. » (Roux, Histoire de l’Empire mongol, p. 397).

Tangraïsme islamisé

Ce paragraphe est consacré à la brève exposée des résultats des recherches d’Irène Mélikoff, professeur émérite des Universités, sur les traces du tangraïsme dans le Bektachisme et l’Alevisme en Turquie. Elle écrit dans la préface de son livre « Au banquet des quarante : Exploration au cœur du Bektachisme-Alevisme, Istambule, Isis, 2001 » :

« Le Bektachisme, de même que l’Alevisme ne sont pas tant des religion que des faits sociaux. C’est un attachement à un mode de vie qui était au départ tribal. C’est avant toute chose, le respect de croyances et de traditions ancestrales.
En tant que tel, il contient en lui toutes les différentes croyances inhérentes aux peuples turcs depuis leur origine, ainsi que des adstrats provenant d’échange d’influences. » (Mélikoff, Au banquet des quarante, p. 5).

Ces « deux courants parallèles dont les différences sont historiques et sociales plutôt que religieuses » (Mélikoff, Au banquet des quarante, p. 24) remontent au même saint populaire : Hadji Bektach qui vivait au XIIIè siècle. L’Alevisme s’est surtout développé dans les steppes anatoliennes, le Bektachisme s’est répandu surtout en Thrace et dans les Balkans. L’Ordre des Bektachis fut le plus le plus important des ordres populaires dans l’Empire Ottoman. Il était étroitement lié au corps des Janissaires.

« Etant originairement nomades ou semi-nomades, les coutumes des Alevis étaient différentes de celle de citadins : dans leurs villages, il n’avait pas de mosquée et ils ne pratiquaient pas les règles extérieures de la religion musulmane. Ils ne faisaient pas les cinq prières quotidiennes, ne tenaient pas le jeûne de Ramadan, ne respectaient pas l’interdit des boisson alcoolisées, leur femmes ne se voilaient pas, elles assistaient aux assemblées, assises aux côté des hommes. Les Alevis sont en général monogames. » (Mélikoff, Au banquet des quarante, p. 26).
« Les anciens Turcs et Mongols croyaient au Dieu-Ciel, Gök-Tengri…
Tengri est Dieu suprême. Il peut se manifester à travers des signes cosmiques : foudre, inondation, tremblement de terre, sécheresse. Mais il reste toujours éloigné des malheurs des hommes…
Les dieux uraniens sont distants et passifs. Ils laissent donc leur place à des divinités qui sont plus proches de la réalité de la vie.
Le soleil, parce qu’il est le Principe de la vie, est plus proche des hommes…
Dans le contexte islamique, la divinisation du soleil prend la forme d’Ali, Shah-i Merdan, le Roi des Hommes. Pourtant Ali en tant que divinité solaire, apparaît comme le denier stade d’une évolution complexe : entre la divinité solaire et le dieu représenté sous forme humaine, il y eu un long chemin à franchir, et bien des influences différentes.
Lorsque j’ai entendu pour la première fois le nefes (psaume) du poète Kizilbash Dervish Ali :

C’est lui qui créa la terre, le ciel, le monde,
Le trône céleste, je ne connais d’autre dieu qu’Ali !

Je fus profondément troublée. C’était si différent de tout ce que j’avais appris sur la Turquie et l’islam turc. Je tentai de comprendre la raison pour laquelle les Bektashis adoraient Ali comme un dieu alors qu’ils n’étaient ni chiites duodécimains, ni ismaéliens.
Ce qui me frappa en premier fut qu’ils n’employaient pas le nom « Allah » mais celui du dieu suprême des anciens Turc, Tengri, en turc moderne, Tanri - comme si l’emploi de « Allah » semblait être blasphématoire alors que Tengri ne l’était pas.
Je compris rapidement qu’Ali était une divinité solaire. Dans les villages d’Anatolie centrale, il est identifié au soleil levant et on prie à ce moment. Ali a pour symboles des animaux solaires : le lion, la grue communément identifié au phénix, et le bélier. » (Mélikoff, Au banquet des quarante, p. 90-91).

Dans son livre « Sur les traces du soufisme turc : Recherches sur l’islam populaire en Anatolie, Istambule, Isis, 1992 » Irène Mélikoff écrit :

« Nous avons vu que les croyances des Bektachis-Alevis reposent sur la croyance à la réincarnation... Ceci serait peut-être dû à un substrat du Bouddisme qui était très répandu parmi les Turcs Uyghurs et qui a persisté en Anatolie, à l’époque sedjoucide : par exemple la célèbre famille Ertena était bouddiste.
Il y a aussi la croyance à la manifestation de Dieu sous forme humaine. A l’époque musulmane, Dieu se manifeste sous forme de Ali. Mais Ali peut, à son tour, se manifester sous l’apparence de prophètes ou de saints …
Si l’on essaie d’approfondir le phénomène d’Ali, on voit que c’est une divinité solaire. Il est identifié au soleil levant et prié à l’apparition de l’astre. Et ceci nous ramène à Dieu-Ciel (Gök-Tengri) des Anciens Türks.
Je signalerai un fait éloquent : les Alevis utilisent le nom Tengri ou Tangri, de préférence à Allah qu’ils semblent éviter… » (Mélikoff, Sur les traces du soufisme turc, p. 23).

Citons maintenant le livre d’Irène Mélikoff « De l’épopée au mythe : Itinéraire turcologique, Istambule, Isis, 1995 » (p. 240) :

« Je terminerai par un poème dont on ne connaît pas l’auteur, car il n’a pas cité son nom, comme le veut la coutume, au début du premier vers du dernier quatrain. Le seule chose qu’on puisse dire qu’il appartenait sans doute à la classe lettrée, probablement aux confréries bektachies des centres urbains. Il semble également probable que le poète appartient à une époque récente, car il exprime le rejet du vocabulaire arabe et persan et proclame l’identité turque. Il reflète l’essence même du soufisme turc populaire : il contient une condamnation de la foi aveugle et dogmatique, un appel à l’ouverture vers « l’autre » et une exhortation à rechercher l’Amour, la seule voie qui mène à la divinité. La poète manifeste aussi sa répugnance à verser le sang en condamnant les sacrifices d’animaux.

Dépuis la pré-Eternité, nous sommes enivré par le vin et l’Amour,
Notre sanctuaire est la Taverne, la Mosquée ne nous convient pas.
Nous avons étanché notre soif avec l’Eau du Kevser.
Nous avons les versets du Coran, le Commentaire ne nous convient pas.

Nous avons découvert les Symboles de la Connaissances spirituelle,
Nous avons appris à comprendre le sens de « Bismillah ».
Nous avons contemplé la Beauté Divine ?
Les houris et les ghilmans du Paradis ne nous conviennent pas.

Nous n’avons pas besoin des fetvâ du mufti,
Car nous avons appris à connaître les Gens de l’Amour.
Nous adorons Adam, nous ne sommes pas rebelles.
Satan qui ne respecte pas l’Homme, ne nous convient pas.

Nous cherchons le Seigneur au fond de nous-mêmes,
Nous découvrons Dieu dans nos extases.
Nous parlons la langue turque dans nos cérémonies.
L’arabe et le persan ne nous conviennent pas.

Nous sommes venus vers le seuil du Bien aimé,
Nous nous sommes enveloppés avec foi dans le manteau de l’Ami.
Nous avons posé nos têtes dans l’arène de l’Amour.
Les sacrifices d’animaux ne nous conviennent pas.

Si tu n’entends pas mes paroles, n’essaie pas de te rapprocher.
Si tu veux comprendre la science de la Sagesse,
Attache-toi au monde des initiés.
En dehors de l’Amour, la religion et la foi ne nous conviennent pas.

Tangraïsme sakha

Je n’envisage pas de discuter longuement du tangraïsme sakha car actuellement chaque sakha a sa propre perception de cette religion, parfois assez floue. Il me suffit de constater son existence, de parler du chamanisme, d’analyser les opinions sur la place de la tangraïsme dans la pédagogie populaire et les possibilités de confesser une autre religion.


Tangraïsme contemporain comme une religion

Il n’existe pas une définition, universellement reconnue, de la religion. C’est pourquoi, nous discutons ici d’une seule question : peut-on parler aujourd’hui de l’existence du tangraïsme sakha ?
La réponse est pour moi sans aucun doute affirmative. La Fête nationale sakha (Yssyakh) pendant le solstice d’été est la plus grande fête de la Yakoutie. Elle est inaugurée par les chamans blancs qui effectuent les cérémonies tangraïstes avec les prières traditionnelles.
Fiers de leur métier d’éleveurs de chevaux, les Sakhas restent fidèles à la tradition des « sergués » (poteaux sculptés) auxquels on attache les chevaux. Ces sergués sont érigés dans tout stade de village, dans toute espace à portée emblématique. Ils sont souvent décorés des croix tangraïstes et autres symboles traditionnels. On voit ces symboles partout : sur les vêtements, sur la vaisselle et les autres objets de la vie courante.
Les Sakhas aiment rencontrer la levée du Soleil sur le sommet d’une montagne ou dans l’autre endroit sacré. 



Ainsi, les Sakhas ressentent profondément le lien spirituel avec la nature de leur pays et ajoutent très souvent aux noms géographiques les mots "Mère", "Grand-Mère", "Dame". Ils disent : "notre Grand-Mère la Léna", "notre Dame la Bylyn". Il y a beaucoup de montagnes, de lacs qui s'appellent "la Grand-Mère" ; la terre sous la couche de gazon est appelée en sakha "iïe bor" (terre-mère), l'endroit le plus profond du lac est "iïe ou" (eau-mère), le noyau de la forêt composé de grands arbres est "iïe tya" (foret-mère). Les Sakhas pensaient qu'il existe des esprits protecteurs de la nature comme Baïanaï qui protège les forêts. Ces esprits ont des liens étroits avec Tangra ; la dégradation de l'environnement est considérée comme un péché qui entraîne des sanctions.
Le voyageur accroche aux arbres sacrés de passage des crins de son cheval et des cadeaux symboliques. Mais c'est surtout par le truchement du feu qu'on "nourrit" ces maîtres des lieux naturels. Avant chaque repas plus ou moins solennelle ou le pique-nique près du feu de bois, les Sakhas nourrissent l’esprit du feu comme les Huns (et les Romains) et récitent souvent une brève prière. On y lance des morceaux de pain, des gouttes de boisson. Son rôle vaut au maître du feu une place centrale dans le culte des esprits. Une offrande à lui s'adresse à tous et à chacun : il est personnalisé en tant que maître, porteur d'offrandes à tous les autres esprits protecteurs. Les rites et les coutumes populaires liés à cette conception du monde ont survécu à toutes les épreuves.



Beaucoup de superbes aires naturelles, lacs, montagnes, forêts, alas sont considérées comme les lieux sacrés et vénérés. Les "alas" sont les prairies parmi la taïga, résultat du dégel partiel des sols. Chaque alas, avec son lac poissonneux et giboyeux, nourrissait quelques familles sakhas qui habitaient dans les petits hameaux alentours. On vivait de l'élevage et de l'agriculture ; la chasse dans la taïga environnante et la pêche étaient des activités supplémentaires. On utilisait les arbres forts pour les constructions et les arbres morts pour le chauffage. La cueillette des baies était encore une des activités traditionnelles des habitants des alas : fraises et groseilles, mûres et framboises, airelles et busseroles mûrissent précipitamment durant le bref automne des hautes latitudes. On donnait à manger aux animaux sauvages afin de les retenir à proximité, de favoriser l'augmentation optimale de leur population. La chasse et la pêche ont été strictement réglementées ; on protègeait les animaux jeunes, les nids.
En 1996, la République Sakha (Yakoutie) a créé le Système des Hauts Lieux Sacrés (Ytyk Kere Sirder) - des réserves naturelles nationales. Ce système comprend les 6 parcs naturels nationaux, les 60 réserves de ressources, les 25 paysages protégés et de nombreux sites naturels nationaux. La Yakoutie a ainsi abordé le troisième millénaire en plaçant plus de 700 000 km2, environ 25% de son territoire, sous le régime des Hauts Lieux Sacrés.

Malgré tous ces faits, beaucoup de gens pensent que le tangraïsme sakha n’est pas une vraie religion car il n’y a pas les attributs habituels : icônes, statues des divinités et des saints, temples et livres sacrés.
Jean-Paul Roux explique bien l’absence des images et des statues du Dieu :

« Il me semble que les altaïques ont dû, sur ce point, comme sur maints autres, partager l’avis des Germains, qui, selon Tacite, estimaient « qu’enfermer Dieu dans une image était contraire à la grandeur céleste » » (Roux, Religion … , p. 232).

Les temples sont absents car on les érige principalement pour abriter les objets religieux. En 1222, Gengis Khan, en passant par Boukhara, s’est fait expliquer l’islam par des ulémas. Il a été d’accord avec la foi en Dieu unique et sans égal, a approuvé le rôle d’intermédiaire de Prophète et la pratique des cinq prières par jour. « Mais à propos de hadjdj (le pèlerinage à La Mecque), il dit : « L’univers entier est la maison de Dieu, à quoi bon désigner un lieu particulier pour s’y rendre ? » » (Roux, Histoire de l’Empire mongole, p. 216).
Ce qui concerne des livres religieux, le Bible est considérée actuellement comme un livre des mythes sur la création du monde et sur l’histoire du peuple juif, l’Evangile décrit la vie du Christ :

« Aux yeux du scientifique, les « textes sacrés » sont des récits mythiques qui ont incorporé des légendes, des récits mais aussi des connaissances de l’époque où ils ont été écrits ; Comme leur rédaction, en particulier pour la Bible, s’est étendue sur une période très longue, les « vérités » révélées sont parfois contradictoires d’un chapitre à un autre. » (Allègre, Dieu face à la science, Fayard, p. 228).

Les Turco-Mongols avaient l’esprit pratique et critique, étaient les hommes d’action. Les spécialistes s’étonnent de la construction très logique de leurs langues. Ils ne s’intéressaient pas beaucoup des mythes sur la création du monde par Dieu :

« Son action est conçu comme indirecte plus que directe. C’est ce qui est émané de Lui qui intervient de façon continuelle et, notamment, le souverain investi d’une grand partie de Sa puissance ; ne pouvant agir qu’en accord avec Lui. J’ai déjà dit que Son pouvoir créateur n’avait pas éveillé beaucoup d’intérêt. » (Roux, Religion …, p. 117).

Par ce rapport, un œuvre épique : « L’histoire secrète des Mongols » qui raconte la vie de Gengis Khan et l’histoire mythiques de ces ancêtres peut être considérée comme un œuvre religieux, au moins par les Sakha car Gengis Khan est une de leur divinités. Il faut y ajouter « La Yassa de Gengis Khan ». Le code morale des peuples des steppes et leurs histoires mythiques sont exposés aussi dans les épopées héroïques des Sakhas et des autres peuples turco-mongols.
En Yakoutie, sont édités plusieurs recueils des prières et des bénédictions tangraïstes. Il existe aussi la littérature scientifique tangraïste consacrée aux aspects pédagogiques et moraux de cette religion.
C’est vraie que les dogmes de la religion tangraïste ne sont pas strictement fixés, mais ce n’est pas nécessaire aux Sakha d’aujourd’hui comme ça n’était pas nécessaire à leurs ancêtres. Il serait ridicule de perdre du temps dans les discussions acharnées, par exemple, entre les partisans des interprétations monothéiste et polythéiste de la religion tangraïste. Ces interprétations n’ont aucune influences sur les rites, sur le code moral ainsi que sur le contenu des prières et des bénédictions.



Certains s’étonneront de l’absence du baptême ou d’un autre rite d’initiation à la religion. Mais ces rite n’existaient pas dans la majorité des religions antiques et n’existe pas dans certaines religions orientales. Pour les chamans blancs, prêtres de la religion tangraïste, existaient les rites d’initiation.

Chamanisme en Yakoutie

Ainsi le tangraïsme étaient la religion dominante des peuples turco-mongols pendant au moins 1500 ans – de Modoun aux petits-fils de Gengis Khan, et il a survécu jusqu’à aujourd’hui en Yakoutie. Tandis que le chamanisme existe sur les cinq continents chez tous les peuples avec les systèmes religieux non dogmatisés.
Le terme « un chamaniste » pour l’Européen moyen signifie « un représentant d’un peuple (sous-développé) qui ne confesse aucune des grandes religions ». On pense ainsi que les Indiens d’Amérique, beaucoup d’Africains, les Papous, les Tchouktches et les Sakhas confessent la même religion. Pourtant il existe évidemment une très grande différence entre le chaman Teb-Tenggeri qui a « couronné » Gengis Khan et un sorcier aborigène d’Australie.
C’est pourquoi, tout en se déclarant tangraïste, je refuse de dire que je suis chamaniste. Pour moi le chamanisme n’est qu’une pratique culturelle et médicale. Les chamans blancs sakhas (prêtres tangraïstes) sont aujourd’hui en majorité des comédiens professionnels, souvent avec les diplômes des études supérieures. Il existe aussi « les chamans noirs » qui sont les guérisseurs.
Les chamans noirs doués étaient souvent à la fois des hypnotiseurs, des poètes et des chanteurs, capables dans le costume lourd de quinze kilos de sauter pendant leurs danses à une hauteur d’un mètre et demi, ils pouvaient avaler les charbons ardents, maîtrisaient l’art de prestidigitation, savaient soigner beaucoup de maladies. Et ils étaient nombreux jusqu’à récemment. L’existence d’une telle quantité d’hommes doués m’étonne beaucoup.

Nous lisons dans le livre « Les chamans de la Sibérie et leur tradition orale, Albin Michel, 1998, Traduit et présenté par Yves Gautier) de Gavril Ksenofontov (1888-1937), éminent scientifique sakha (yakoute) :

« Parmi les paysans russes vivant au bord de la Léna dans la province de Yakoutsk, on ne trouve ni forgeron, ni tanneur, ni cordonnier, ni soigner de chevaux. Il y a longtemps qu’on a cessé de filer, de tisser, de broder, de tricoter des bas … Tous se procurent leur ustensiles auprès des artisans yakoutes. Ils sont incapables de pratiquer la castration sur leur cheptel. Quand un cheval est malade, ils vont voir un soigneur autochtone qui, au besoin, sait supprimer une dent ou même faire une césarienne. Ils ne cessent d’avoir recours aux otosut yakoutes – guérisseurs maîtrisant certains rudiments de la médecine tibétaine – ainsi qu’aux ilbisit – rebouteux-masseurs…
L’effet conjugué de tous ces facteurs (l’éloignement des centres culturels asiatiques, la faiblesse numérique de la colonisation russe, l’impossibilité de pratiquer l’agriculture…) a permis aux Yakoutes de conserver intacte leur antique culture chamanique des steppes. Etant les plus « reculés » en termes du développement culturel, ils présentent un intérêt notable aux yeux du chercheur poursuivant le but de reconstituer le mode de vie et de pensée des anciens nomades qui, jadis, inondèrent les steppes centrales d’Eurasie. » (Ksenofontov, Les chamans de la Sibérie, p. 19-20).

En effet, il est intéressant de comparer les observations de Ksenofontov avec celles d’Irène Mélikoff :

« L’expansion de l’islam parmi les tribus turques et leur conversion à la nouvelles foi a été le résultat d’un long processus d’évolution dans lequel les derviches et les marchands ont joué un rôle important…
Dans les villes, la culture islamique fut facilement assimilée… Mais dans les campagnes et dans les steppes, les tribus nomades conservèrent leur mode de vie traditionnel… Quand elles se convertirent à l’islam, ce fut sous la forme d’une religion syncrétique que l’on peut décrire comme un « chamanisme islamisé »…
L’aspect extérieur du derviche errant, kalendar ou abdal, différait peu de celui de chaman : tous deux étaient coiffés d’un bonnet fait de plumes d’oiseaux, rappelant le vol magique du chaman, portaient un batôn symbolisant le cheval, et leur tunique était ornée d’amulettes et de clochettes… Egalement, le zikr du soufi populaire n’est pas différent des cérémonies chamaniques destinées à amener l’état de transe. Dans les deux cas, la transe est recherchée dans un but de guérison. » (Mélikoff, Au banquet des quarante, p. 87-88).

Gavril Ksenofontov note :

« De nombreux chamanes yakoutes, qui sont aussi de brillants poètes doués pour l’improvisation, influent sur la psyché des malades par la beauté des images puisées dans le fond coloré de la langue populaire, et emportent leurs auditeurs jusqu’au éseptième ciel » par le jeu artistique des tragédies et des comédies divines. En assistant aux séances dramatiques des chamanes yakoutes, il m’est arrivé plus d’une fois de voir le public réagir spontanément au jeu exceptionnellement talantueux du chamane-acteur. La modulation vocale, la mimique et la gesticulation, la passion, l’incarnation vivante des maladies personnifiées, bref, tout ce que dans un autre contexte l’on appellerait l’art théâtral tend à donner vie aux esprit. De plus, à l’egard des malades chroniques les plus fortunés, les chamanes recourent à des procédés de suggestion hypnotique en les incitant à organiser plusieurs années de suite, à la saison où la nature foisonne, des fêtes animés avec des jeux, des chants et des tournois où affluent tous les parents proches et lointains, les amis, les connaissances et simple voisinage. » (Ksenofontov, Les chamans de la Sibérie, p. 27-28).

Irène Mélikoff écrit à propos des saints turcs :

« Dans la vie des saints turcs comme Ahmed Yesevi ou Hadji Bektash, on trouve de nombreux récits concernant des miracles, qui contiennent beaucoup d’éléments chamaniques. Par exemple, les saints avaient le pouvoir de se changer en oiseaux et voler. Ahmed Yesevi pouvait prendre l’aspect d’une grue, turna, un oiseau important dans le folklore turc. Quant à Hadji Bektash, il s’envola vers l’Anatolie sous l’espect d’une colombe.
Le symbole de l’oiseau se retrouve dans les rituels des Bektashis : leur danse (sema’), effectuée pendant leurs cérémonies, imite le vol de la grue… 
Les saints peuvent aussi prendre l’aspect d’animaux … » (Mélikoff, Au banquet des quarante, p. 88-89).

La grue (turuya en sakha) est un oiseau sacré des Sakhas. Mais il existe aussi les oiseaux chamaniques mythiques. Un extrait du récit de Gavril Alexeev (1925) :

« D’après ce qu’on dit, chaque chamane a une « mère-animal » sous la forme d’un grand oiseau à bec pic à glace, avec des griffes fourchues et une queue longue de trois bonnes brassées. » (Ksenofontov, Les chamans de la Sibérie, p. 59).

Un extrait du récit de Mikhaïl Govorov (1924) :

« Un jours, les esprits de neuf chamanes se liguèrent pour l’attaquer sous les traits de différentes bêtes – qui en ours, qui en loup, qui en chien, qui même en taureau, etc. Ils étaient si nombreux qu’ils finirent par prendre le dessus. L’autre chamane fut contrain à la fuite. Il se changea en un oiseau immense… » » (Ksenofontov, Les chamans de la Sibérie, p. 249).


Continuons les comparaisons.

« Les saints peuvent également faire bouger les montagnes… Les saints peuvent ressusciter les morts … Les saints peuvent provoquer la sécheresse ou la pluie à l’aide d’une pierre appelée Yada Tashi. Hadji Bektash change l’avoine en blé et quand le pays manque de sel, il fait apparaître des mines de sel… » (Mélikoff, Au banquet des quarante, p. 89).

Citons deux extraits correspondants sur les chamans sakhas. Commençons par celui du récit de Mikhaïl Borissov (1925) :

« On se mit en route. Une nuit le chamane dit à son compagnon :
« Je crois que je me déplace pour rien. Le malade ne va pas bien. Il y a cinq chamanes à son chevet. Quand nous arriverons, il sera déjà mort. Lorsque je commencerai à chamaniser, étale au milieu de la Yourte mon dessous de selle. Ensuite, tu m’abreuveras de lait. »
Enfin l’on arriva à la yourte d’Ynakhsyt [ainsi s’appelait le père du malade]. Son fils était déjà mort. Il y avait foule, et cinq chamanes. On pleurait, on se lamentait. On regrettait que Khamnatchit eût été déplacé pour rien.
Malgré tout Khamnatchit-Chamane se mit à faire ses incantations. Il demanda d’abord qu’on fît bouillir du lait. Pendant les incantations le mort ressuscita, demanda du lait, en fit des libations. Puis il dit :
« Je ne sais plus – étais-je mort ou sans connaissance ? »
Khamnatchit expliqua :
« Dès hier je me suis manifesté pour retenir la vie en lui. »
Le chamane fut remercié généreusement, et ramené chez lui sur trois chevaux » (Ksenofontov, Les chamans de la Sibérie, p. 249).

Un extrait du récit de Kouzma Sleptsov (1992) :

« Les deux chamanes arrivent à Tattintsy où il y avait une noce. Ils entrèrent dans la yourte d’une pauvre vieille femme qui n’avait rien à leur servir. Le chamane Katchikat fit claquer sa langue. Quatre côtes de bétail et deux bouteilles d’eau-de-vie apparurent sur la table, sorties droit des réserves du festin de noce. Le chamane Solkolookh fit aussi claquer sa langue. Un chargement de foin apparut. Les chamanes y passent la nuit. »  (Ksenofontov, Les chamans de la Sibérie, p. 185).

Les chamans sakhas pouvaient aussi provoquer la pluie à l’aide d’une pierre appelée Sata Tas qui correspons au Yada Tashi turc. Les récits sur les miracles chamaniques sont très nombreux.
Terminons par encore un extrait sur les saints turcs qui les rapproche avec les chamans sibériens :

Hadji Bektash n’était pas très enclin à la prière à la mosquée. Il préférait gravir une montagne avec ses abdals… Les derviches allumaient un feu et tournaient autour quarante fois, accomplissant sema’, danse rituel. » (Mélikoff, Au banquet des quarante, p. 89).

Tangraïsme et pédagogie

Pour se perpétuer, une culture a besoin de se renouveler de manière à faire face aux problèmes du temps présent. Après avoir subi, des années durant, l'impact puissant de la culture technocratique envahissante, les spécialistes sakhas ont appris à réévaluer les valeurs traditionnelles afin de privilégier celles qui sont porteuses de progrès, qui allient des éléments autochtones et universels. Ils comprennent bien que le retour au passé n'est plus possible ; ce qui est encore possible c'est le recours à ce passé pour y puiser les principes directeurs de la vie nouvelle.
Le professeur Iosiph Portniaguin analyse dans son livre « Ethnopédagogie « Kut-Sur » (Мoscou, Аcademia, 1999) la pédagogie traditionnelle populaire des Sakhas. Le but de l’éducation est, selon lui, n’est pas de détruire en l’enfant le sentiment du sacré, mais de le purifier, de l’élever. Vu la conservation de la spiritualité et des rites tangraïstes en Yakoutie, il recommande d’utiliser sans l’éducation son code moral qu’il formule dans les termes suivants (p.26) :

  • soit toujours honnête et juste ;
  • ne tue point, ne détruit pas, ne casse jamais;
  • soit propre et organisé ;
  • ne soit pas envieux, ne vole pas ;
  • ne soit pas un contestateur stérile ;
  • rejette des mauvaises habitudes, respecte les faibles ;
  • soit sage dans tes actions ;
  • soit persévérant, n’aie pas peur des difficultés ;
  • soit fidèle, généreux et cordiale, ne te corrompt pas.

Notons que la Yassa de Gengis Khan exigeait l’exécution pour la vol important, le mensonge, l’adultère, la corruption, l’escroquerie. Les Sakhas n’utilisaient pas des injures fortes et ne savaient pas mentir. Ils ne mentaient pas même à leurs ennemis ce qui étonnaient beaucoup d’officiers russes de l’Armée rouge pendant la guerre civile en Sibérie. Vatslav Serochevski, qui a été exilé en Yakoutie de 1880 à 1892, témoigne :

« Les crimes comme le viol d’une femme, le non respect du contrat, la tromperie, la fraude, apparemment était inconnus aux Sakhas et aucune punition n’est prévue dans ces cas. » (Serochevski, Yakouty (Sakhas), Moscou, 1993, p. 488-489).

C’est pourquoi un des dix Commandements de la religion chrétienne : « Vous ne porterez point de faux témoignage contre votre prochain » qui laisse la possibilité de mentir à d’autres que ses prochains peut choquer un Sakha qui se tient aux valeurs traditionnelles.
La religion tangraïste continue à assumer en Yakoutie sa fonction de guide moral : éclaire la conscience sur le bien et le mal, indique des règles de vie en société, propose à la personne un projet d'accomplissement, oriente l'action. Son enseignement donne la possibilité, quelles que soient les convictions personnelles des élèves, de reconnaître et d’apprécier l’héritage culturel et spirituel de leur peuple. Elle crée, comme les autres religions, une communauté de pensée, de célébration, d'engagement et des actions ; permet de se sentir partie d'une grande famille ce qui est important pour le bien-être personnel.
Chaque individu tente d'améliorer la qualité de sa vie, mais on le comprend de façon bien différente. Sous l'influence de la famille, du système éducatif et des proches, des médias, un individu définit ses valeurs morales et intellectuelles, élabore une méthode d'évaluation de la qualité de sa vie. Bien sûr, il est impossible de mesurer le bien-être général par un indicateur, par exemple le produit intérieur brut (PIB). En effet, cet indicateur évalue le niveau d'activité économique ce qui ne reflète pas nécessairement le niveau de vie. Pour évaluer la qualité de la vie il faut tenir compte de plusieurs paramètres, en particulier :

- la richesse immatérielle ;
- le bien-être économique ;
- la qualité de l'environnement ;
- l'état de santé et l'espérance de vie ;
- la qualité de la vie sociale ;
- la stabilité politique ;
- le niveau de sécurité, etc.

La protection et l'amélioration de l'environnement, l'augmentation de la richesse immatérielle, la garantie d'un niveau convenable de bien-être économique, la stabilité politique, le niveau suffisant de sécurité sont les composantes importantes de la qualité de la vie pour tous. On peut intégrer tous les droits fondamentaux de l'homme dans le droit à la qualité de vie.
La richesse immatérielle comprend le savoir-faire et le savoir-vivre personnels, la créativité, etc. Les Sakhas se tiennent à leur religion traditionnelle car elle leur aide à améliorer leur qualité de la vie en contribuant à l’augmentation de leur richesse immatérielle, à la qualité de leur vie sociale. La priorité accordée à la meilleure façon d'acquérir ou de générer cette ressource précieuse qu'est la richesse immatérielle, ne peut plus être considérée comme un idéalisme à l'époque où le savoir (qui inclut des notions telles que l'imagination, les valeurs, les images, la motivation, autant que les compétences techniques en tant que telles) joue un rôle de plus en plus central dans la vie économique et politique.
Le savoir et l'information ne diminuent pas si on les partage avec les autres. On peut ainsi transmettre le savoir-faire à ceux qui en ont besoin. Plusieurs personnes peuvent utiliser le même savoir et, ce faisant, ils ont une base de plus pour produire un supplément de savoir. Le savoir est par nature inépuisable et non exclusif, il est un multiplicateur de la richesse et de la force. Même les plus faibles et les plus pauvres peuvent également l'acquérir. Le savoir sert à convaincre et même à transformer. Il permet de reconnaître et contourner dès l'abord les mauvaises situations, évitant, par là, le gaspillage de la force ou de la richesse. Les convictions positives et les savoirs de l'ordre de la culture générale se diffusent facilement et contribuent à l'amélioration des composantes essentielles de la qualité de la vie telles que la qualité de l'environnement, la stabilité politique et le niveau de la sécurité de la population.

Possibilité de confesser une autre religion


Pour ceux qui s’intéressent de l’existence et de la survie d’une âme ou des âmes d’un homme, la possibilité du passage de son âme ou de ses âmes après sa mort dans les autres mondes (par exemple, au paradis ou en enfer) la religion tangraïste dans mon interprétation personnelle n’est pas suffisante. Il existe des groupes d’intellectuels qui méditent sur le concept traditionnel tangraïste de l’existence de trois âmes (« kut ») chez un homme.
Leurs efforts se heurtent en Yakoutie sur la résistance de l’église orthodoxe qui veut que les rites tangraïste restent un phénomène purement culturel et redoute la renaissance du « paganisme ». Cette confrontation est aggravée malheureusement par l’interprétation polythéistes du tangraïsme qui est fréquente car beaucoup de Sakhas ne connaissent pas bien l’histoire des peuples turco-mongols et, par conséquence, l’interprétation classique monothéiste de leur religion traditionnelle.
Je préfère porter sur l’Univers un regard purement personnel, à la fois scientifique et spirituel, critique et constructif.
L’autre voie consiste dans l’adoption d’une grande religion plus canonisée. Vu l’environnement russe des Sakhas, c’est plus souvent la religion chrétienne, mais parfois l’islam, le bouddhisme, le bahaïsme, etc. Ces conversions sont rares mais ils ne sont pas difficile car le Dieu dans la traduction des tous les textes sacrés est identifié avec Tangra. Ainsi un Sakha de n’importe quelle confession peut rester tangraïste. Cela signifie simplement qu’il continuera à suivre les rites et les gestes, devenues automatique chez tout Sakha : nourrire le feu, participer aux rites de la rencontre du Soleil, bénir les amis et projeter sur eux les pensées et les paroles positives. Les courtes prières qui accompagnent ces rites peuvent être chrétiennes, musulmanes ou bouddhistes …
Les chrétiens étaient nombreux parmi les cavaliers des steppes, ainsi les Turc Öngüt avaient « une onomastique qui, à travers les transcriptions chinoises, se révèle, comme l’a montré M.Pelliot, souvent nestorienne : Chen-wen (=Siméon), K’ouo-li-ki-sseu (=Georges), Pao-lou-sseu (=Paul), Ya-kou (=Jacques), T’ien-ho (=Denha), Yi-cho (=Icho, Jésus), Lou-ho (=Luc). » (Grousset, L’empire des steppes, p. 430).
Je porte, moi-même, un nom chrétien car les Sakhas ont été christianisés au XVIII et XIX siècles par l’Eglise orthodoxe : mon prénom Grigori se prononce « Kirgéléï » en sakha. Mais cette conversion au christianisme n’étaient souvent qu’une artifice fiscale  car un baptême autorisait une exemption d’impôt pendant trois ans. Yves Gautier écrit :

« Une exonération d’impôt vaut bien une messe, se disait-on à l’instar d’un certain roi de France. Dans les faits, c’étaient les Russes qui, le plus souvent, adoptaient les croyances et la langues yakoutes. » (Ksenofontov, Les chamanes de la Sibérie, p. 20).

Le rituel religieux se présente souvent, comme un moyen de donner un caractère solennel aux actes importants qui jalonnent l'existence. Ni l'adhésion aux croyances ni une appartenance confessionnelle n'en sont plus la raison nécessaire: c'est bien la cérémonie elle-même, qui est porteuse de sens. Ainsi le mariage religieux, pour beaucoup de jeunes, fonctionne comme un «rite de passage», qui permet l'accès à un nouvel état social mais qui a beaucoup perdu, ses dimensions spécifiquement religieuses.
Un tangraïste reste toujours plus tolérant aux croyances des autres ce qui corresponde aux tendances générales du développement des religions. La confession d’une religion plus dogmatisée peut éventuellement offrir à une personne des éléments de réponses aux grandes questions sur la vie après la mort, sur la fin des temps, sur le bien et le mal, sur la souffrance, et ainsi contribuer à donner un sens à la vie, éclairer sur le pourquoi de l'existence.
Pourtant je pense personnellement que l’avenir peut appartenir aux religions qui assument une fonction scientifique et sont compatibles avec une vision scientifique du monde, qui contribuent de la façon efficace à l’augmentation de la richesse immatérielle des personnes qui les pratiquent. 

Regard scientifique

Mon interprétation du tangraïsme me permet d’avoir les discussions intéressantes avec les représentants des différents courants scientifiques et religieux, ainsi que les réflexions enrichissantes après la lecture de chaque livre intelligent.

Mystique et Science

La force en physique est définie par son effet. Si un homme sent les effets positifs des forces, des champs et des autres sources inconnues à la science moderne, il a certainement le droit d’appeler le Dieu l’ensemble des sources de tous ces effets bénéfiques. On peut appliquer ce raisonnement à l’homme préhistorique et antique, qui divinisait, par exemple, la foudre.
Les religions monothéistes s’accordent que toute représentation plus précise de l'Être suprême ou de Dieu ne saurait être proposée par la philosophie. Ainsi Nikolaï Tchamerevski, théologien orthodoxe, déclare : « L’impossibilité de donner une définition du Dieu est lié au fait que nous, les hommes, sommes les êtres finis et bornés. La formulation d’une telle définition signifierait la compréhension d’une substance divine infinie par des méthodes finies. »
Etant donné l’infinité de la réalité et les bornes de la conscience, la notion du Dieu comme de l’ensemble de toutes les forces, de tous les champs inconnus et des leurs sources, capables d’aider un homme, est une notion utile et perpétuelle. Le Mystique et l’Inconnu resteront toujours infinis et le Savoir scientifique, obtenu avec de si grands efforts, sera toujours fini.
C’est pourquoi, la Science, qui éclaire par sa lumière un domaine de plus en plus grand de la réalité et accélère son progrès, mérite une grande considération. Pour la majorité des hommes la Science en grande partie reste mystique. Les gens croient habituellement aux scientifiques, surtout aux représentants des sciences exactes et naturelles. Les scientifiques, eux-mêmes, ne sont compétents que dans leur domaine de recherches et croient à ce que disent les spécialistes reconnus des autres branches de la Science. Ainsi la Science, elle-même, est fondée sur la foi.
Prenons l’exemple des Mathématiques, « reine des sciences ». La majorité des gens ont des idées erronées sur cette science et sur les activités mathématiques. Je ne suis pas sûr qu’ils existent plus que dix personnes dans le monde, capables assez rapidement (pendant quelques mois) de comprendre ma thèse de docteur d’Etat car les mathématiciens, eux-mêmes, ne sont vraiment compétents que dans leur domaine des recherches. Quand nous utilisons les résultats d’autres domaines des mathématiques, nous trouvons dans les livres ou avec l’aide des spécialistes compétents des résultats intéressants pour nos recherches, nous les vérifions rapidement et les utilisons. Dans la majorité des cas les non spécialistes ne peuvent pas vérifier vraiment les démonstrations. C’est pourquoi, nous regardons est-ce qu’une affirmation qui nous intéresse est utilisée souvent par les spécialistes, capables de vérifier sa démonstration. L’existence de plusieurs démonstrations par les méthodes bien différentes d’un même résultat donne la garantie la plus sûr de sa véracité. Alors les mathématiciens, qui n’ont pas du temps pour vérifier personnellement une de ces démonstrations ou incapables de l’effectuer, commencent à croire à la véracité d’un tel résultat.
Notons qu’il existe un courant de la pensée mathématique qui ne croit pas à la légitimité de l’utilisation large de l’infinité dans les constructions et les démonstrations mathématiques. Ainsi ces mathématiciens ne croient pas à une partie importante des mathématiques classiques. Mais la majorité des mathématiciens croient à ces résultats et utilisent avec plaisir l’induction transfinie et autres raisonnements utilisant les ensembles et les opérations infinies qui permet d’obtenir des beaux résultats ayant au moins l’intérêt théorique certain.

Âme et immortalité

Je n’envisage pas d’analyser la notion tangraïste de l’âme (« kut ») et de ses trois composantes. La religion tangraïste ne contient pas d’affirmations, difficile à montrer, sur l’existence ou non existence de l’au-delà, du paradis et de l’enfer.
Sans dogmes fixes, sans affirmations difficiles à vérifier, elle est compatible avec le conception scientifique du monde. En même temps, elle est tolérante et ne lutte pas contre les convictions des autres.
J’admets que la Science peut même résoudre un jour le problème de l’immortalité de l’âme. Les cellules d’une organisme se changent et se transforment de la façon permanente. Pour moi l’âme est un ensemble des valeurs, du savoir, des compétences et des capacités créatives d’une personne.
Dans ce sens il est inutile de garder ou réincarner les âmes des personnes extraordinaires mais dangereux pour l’humanité comme Hitler ou Staline.
Le savoir d’un homme se garde avec le succès croissant depuis l’apparition des langues, puis de l’invention de l’écriture, de l’imprimerie. La création de l’informatique et son développement accéléré donne de grandes possibilités et des perspectives infinies. Les valeurs peuvent être formulées assez bien au moins pour les personnes qui n’ont pas honte ni de leurs conceptions, ni de leurs buts. Quand une personne se cache derrière un ou plusieurs masques, comme on fait si fréquemment sur l’Internet, ou l’hypocrisie diminuent considérablement l’intérêt pour son âme.
Le plus grand intérêt pour moi présente la composante créative de l’âme. Comment il serait agréable se communiquer avec les âmes de Léonard de Vinci, de Pouchkine ou des autres génies créatifs.

On trouve chez beaucoup les scientifiques un sentiment qui est bien formulé par Alejandro Jodorovwsky :

« Nous devons comprendre, même si nous ne le vivons pas, même si nous mourons avant de le voir, que l’homme va peupler les étoiles, qu’il parviendra à vivre aussi longtemps que l’univers – il mérite de vivre autant que lui –, qu’il constituera une conscience globale et sera l’esprit du cosmos. Si nous n’avons pas cet idéal, vivre ne vaut pas la peine. Nous devons peu à peu nous rapprocher de cet idéal. » (Jodorovwsky, Un Evangile pour guérir, Les Editions du Relié, p. 16).

Citons une scénario possible de l’avenir de la vie décrit par Hubert Reeves :

« Le physicien résiste mal à la tentation de jouer au prophète. Dans la mesure où les lois de la nature lui permettent de comprendre le passé et le présent, elles peuvent aussi, au moins dans ses grandes lignes, lui dévoiler l'avenir…
Un mot de prudence avant de commencer. Notre discussion se fait à partir de la science connue à ce jour. Or, rien ne nous autorise à penser que nous avons répertorié toutes les forces naturelles…
Les étoiles durent longtemps, mais pas indéfiniment. Quand elles ont épuisé leur carburant nucléaire, elles meurent. Notre Soleil achèvera sa vie dans cinq milliards d'années environ. D'autres étoiles durent beaucoup plus longtemps. Les plus petites peuvent atteindre un trillion (mille milliards) d'années. Puis elles s'éteignent.
De nouvelles étoiles se forment sans cesse à partir de la matière nébulaire des galaxies. Mais cette matière se raréfie, et le rythme des naissances s'amenuise…
A leur mort, les étoiles retournent à l'espace une fraction importante des atomes dont elles sont constituées. Mais le cœur de l'étoile s'effondre sur lui même, pour former, selon la masse de l'astre, soit une naine blanche, soit une étoile à neutrons, soit un trou noir.
Le nombre de cadavres stellaires s'accroît régulièrement au cours des années. Dans un trillion d'années, le ciel sera faiblement illuminé par des étoiles âgées (naines rouges ou amines blanches), qui s'éteindront lentement parmi les étoilies à neutrons et les trous noirs…
La vie est elle destinée à disparaître faute de sources d'énergie, d'information et d'entropie ?
Nos ancêtres lointains vivaient de chasse, de pêche et de la cueillette des fruits… A cette époque, située il y a huit ou dix mille ans, l'être humain cesse d'être un prédateur passif de la nature. Il organise lui-même la disponibilité de ses sources d'alimentation. Cette transformation ( passage du Paléolithique au Néolithique) permet une augmentation prodigieuse des effectifs humains sur notre planète.
Comme l'homme antique, nous sommes, par rapport au ciel, des prédateurs passifs. Nous nous contentons de recueillir l'énergie et l'information en provenance des objets célestes.
Mais, déjà, notre passage au néolithique céleste est amorcé…
Les projets ne manquent pas. Certains astéroïdes, qui pas, sent près de la Terre, renferment d'importantes quantités de métaux technologiquement précieux. Les mines terrestres s'épuisent. Détourner ces astéroïdes de leur orbite naturelle,
Les ramener doucement sur notre planète, est un objectif des décennies à venir. Au rythme des progrès technologiques, les difficultés pourraient être rapidement résolues.
D'autres projets ont pour but d'accroître notre butin de photons solaires par des capteurs en orbite. Le vent solaire est l'objet d'une convoitise semblable. Son énergie et ses atomes seraient d'une grande utilité. Comment s'y prendre? Je fais confiance à nos ingénieurs; ils ne manquent pas d'imagination.
De l'imagination, il en faudra dans mille milliards d'années quand les étoiles seront éteintes. Mais nous savons déjà où nous adresser…
Comme les gardiens des troupeaux antiques, chaque biosphère devra choisir judicieusement la masse des trous noirs à capturer dans le ciel pour les mettre en orbite à distance appropriée.
Il y a encore un problème : en réduisant la masse du trou noir, l'évaporation accroît sa température et l'intensité du flux émis. On peut contrôler le flux en compensant les pertes de masse, c'est à dire en nourrissant continuellement la bête.
Des étoiles, des planètes, des astéroïdes ramenés vers sa « gueule béante » feront notre affaire. Pour les déchets, c'est la solution écologique idéale. Radioactives ou non, ces matières indésirables disparaîtront de notre habitat pour reparaître,.. sous forme de rayonnement…
« Capturer des étoiles. » « Mettre des trous noirs en orbite. » Voilà, certes, des projets grandioses qui relèvent aujourd'hui de la science-fiction. On les trouve pourtant publiés dans des revues scientifiques sérieuses. Comme Léo­nard de Vinci et ses modèles d'avion, nous en connaissons les principes, même si nous n'avons pas les moyens de les réaliser.
Et ensuite? D'autres menaces se profilent à l'horizon. Dans le cadre des théories d'unification des forces de la physique, on envisage la possibilité de désintégration des nucléons en particules plus légères (électrons, neutrinos, photons) après une période moyenne d'environ 1032 ans. (Les efforts de vérification de cette hypothèse ont jusqu'ici échoué, mais les travaux se poursuivent.) L'intelligence pourrait elle encore se manifester dans une matière cosmique dénuée de nucléons ? » (Reeves, L’heure de s’enivrer : L’univers a-t-il un sens ? Seuil, 1986, p. 162-166)

Ainsi l’intelligence peut lutter avec la grande ténacité contre les risques à condition qu’on ne les oublient pas, qu’on mobilise bien ses ressources créatives. Ces perspectives des luttes cosmiques de l’Intelligence avec les forces de destruction, de la création d’une conscience globale sont passionnantes.

JIPTO-Mandala
RAYONNEMENT 
© Grigori TOMSKI, 1988-2000

Fonction scientifique des religions

Analysons d’abord les réflexions de Claude Allègre sur les relations entre les religions et le développement des sciences :

« En décrivant l'aventure humaine comme une épopée guidée par la main de Dieu, la Bible fait le pont entre les religions qui sont tournées vers le cosmos (et les questions qu'elles posent sur les origines) et celles qui sont tournées vers le comportement de l'homme au sein de la société. Elle offre des réponses aux interrogations portant sur le fonctionnement de la nature, mais plus encore des règles régissant les comportements humains dans la société. Aucune religion n'avait réussi cette synthèse, du moins avec ce degré de précision dans un texte dont, par ailleurs, la qualité épique et littéraire est incontestable.
Partant, la Bible introduit l'histoire, naturelle autant qu'humaine, histoires qui l'une et l'autre ont un sens, un début et sans doute une fin. Fini le temps cyclique des Égyptiens et des Chinois, finie la métempsycose des Indiens, le monde a une histoire et l'homme en est le principal acteur. En cela, la Bible incite l'homme à étudier l'histoire naturelle, de même qu'elle l'incite à étudier son histoire propre, les deux ne faisant qu'une, l'une prolongeant l' autre. Et tout cela sous forme écrite, donc permanente : tel est le rôle essentiel joué par le Livre. » (Allègre, Dieu face à la science, Fayard, p. 165).

Mais ce sont les Arabes qui, en Occident ont sauvé la science :

« Les Chinois ont observé le ciel, les Grecs et les Hindous aussi. En contact avec tous ces savoirs, les Arabes font la synthèse de tout ce qui est connu puis vont plus loin… Le défi que veulent relever les penseurs arabes est de raviver la science au sens grec du terme tout en respectant la religion : la synthèse entre la foi et la science. » (Allègre, Dieu face à la science, Fayard, p. 176).

Le véritable essor des sciences en Occident se produit avec la naissance des universités :

« L’institution universitaire ne résulte pas d’une décision d’un roi ou d’un archevêque quelconque, elle est née de l’initiative privée, d’une « libre entreprise » de quelques clercs qui se sont rassemblés pour réfléchir, dialoguer, enseigner… 
La première université est créée à Paris à la fin du XIIe siècle. Viennent ensuite Oxford, Bologne, Montpellier, Cambridge…
Le principal objet d’étude de ces universités est la Bible, les textes sacrés, et, à partir de là, la philosophie … Le texte est la référence, la connaissance est le but ultime. Pour l’Occident, on a à la fois un programme « scientifique » issu de la Bible : comprendre la nature pour se rapprocher de Dieu et un outil : l’Université. » (Allègre, Dieu face à la science, Fayard, p. 173).

Cette expérience historique est intéressante à l’époque actuelle quand la Science officielle, influencée souvent par les idéologies et par les intérêts commerciaux, se montre incapable d’aborder plusieurs thèmes qui passionnent des gens, par exemple, les phénomènes dites « paranormaux ». Je crois que ces phénomènes ne peuvent être étudiés avec succès qu’avec la participation active des associations et des réseaux des chercheurs passionnés et honnêtes, professionnels et amateurs, qui ne sont pas aveuglés par leurs hypothèses ou croyances. En fait, beaucoup de ces réseaux réuniront des gens avec les religions personnelles compatibles et qui respectent les codes moraux identiques ou proches. On peut rendre ainsi la culture scientifique accessible à tous, capable d’apporter le bonheur intellectuel et créatif à un plus grand nombre.




Méthodes de ressourcement

Tangra est aussi un symbole qui permet de mobiliser mes ressources psychologiques et autres ressources intérieures inconnues. Ainsi une courte prière est pour moi un moyen de la mobilisation de mes ressources psychologique et de mes forces vitales, du « ressourcement » de l’environnement.
Christian H. Godefroy note :

«De tout temps, le pouvoir des mots a été reconnu. Pensez seulement à l’importance de la prière dans la plupart des religions. Et que dire, dans les religions orientales, de l’utilisation d’un mantra, base même de toute méditation, un mot que les disciples répètent inlassablement et dont les propriétés ont des vertus surprenantes. L’auto-suggestion, la répétition d’une phrase ou d’une formule, est une forme de prière ou de mantra, mais scientifique, d’ailleurs utilisée, comme nous l’avons dit, par de nombreux médecins à travers le monde. En magie aussi, on utilise des formules dont on dit précisément qu’elles sont magiques. » (Godefroy, S’aider soi-même par l’auto-hypnose, 1988, p. 24).

Notons que moins de 28 % des Français déclarent ne jamais prier, et 51 % des citoyens de plus de 65 ans et 36 % des 24-34 ans prient souvent, et certains quotidiennement.
Le professeur Edouard Zarifian écrit :

« L’effet placebo, ce n’est pas seulement l’administration d’un objet qui ressemble à un médicament et est appelé placebo ; c’est aussi l’effet de la relation qui se tisse entre deux personnes…
L’effet placebo permet la cicatrisation de 30% des ulcères gastriques, normalise la pression artérielle, fait disparaître des verrues en une nuit, que sais-je encore… Lorsqu’on sait que dans la dépression l’effet placebo peut aller jusqu’à 50 ou 60% et à 40% même dans des mélancolies authentiques, ou que l’effet placebo dans l’anxiété généralisée avec un bon « thérapeute-guérisseur », peut probablement dépasser ces chiffres, on est en droit de se poser des questions. » (Zarifian, Des paradis plein la tête, Odile Jacob, 1994, p. 162-164).

Une image vaut dix mille mots, dit le proverbe chinois. Ainsi les symboles religieux peuvent aussi servir au ressourcement de l’esprit et de l’âme.